E comme EGO

La fragilité une faiblesse

Notre éducation nous a enseigné d’être forts. La fragilité, l’hypersensibilité, le ressenti sont des faiblesses aux yeux du monde. Nous sommes élevés à réprimer nos émotions. Petits, on nous impose vite de les ignorer, de les zapper. Alors le cerveau en grand guerrier pacifiste, arrive pour nous sauver. Il nous aide à trouver des mécanismes de défense, adaptés à notre caractère, à nos points forts, à nos défaillances pour que nous arrêtions de ressentir et de subir aussi fortement nos émotions. Nous allons pouvoir devenir « normal » comme tout le monde et ne plus nous sentir observé par cette autorité à qui nous devons tout. Ces grands qui nous surveillent et nous jugent. Ces mêmes adultes qui sont sensés nous aider à devenir matures et forts en grandissant.

Le contrôle des émotions semble être la base de l’éducation.

Notre cerveau fait entendre sa voix pour couvrir notre petite voix. Il met un contrôle sur nos émotions en les bloquant pour ne pas qu’elles puissent faire de vagues à l’extérieur… Il ne faut pas déranger les grands. Il faut les écouter, ces adultes qui ont autorités sur nous. De toute manière, nous n’avons pas vraiment le choix, petit… La conscience n’est malheureusement pas la qualité première des parents.

De quelles manières notre cerveau s’y prend-il pour exercer son contrôle ?

On utilise une ou plusieurs parades pour être sûr de devenir un amnésique des émotions, un handicapé du ressenti, un parfait automate respectable, un modèle de société moulé à la perfection. Plus d’émotion, uniquement de la raison… Et le cerveau devient roi et s’empare de tous les pouvoirs. Il crée des dizaines de réactions qui deviennent des fonctionnements mécaniques de notre Ego qui se bâtit ainsi. Chacune est adaptée à un certain type de situation. Chaque situation qui se répètera, stimulera toujours la même réaction chez nous. Le cerveau est très fort pour rebondir, imaginer, fabriquer des mécanismes cousus sur mesure, qui nous vont comme un gant… Parfois c’est même de la haute couture, le meilleur couturier de l’Univers… Il finit par contrôler tout à chaque instant à notre insu.

Il a fabriqué un beau garde du corps, bien musclé et puissant qui ne se laissera démasquer par les autres, pour rien au monde. L’Ego est maître de notre vie… Enfin pour un temps, tant que nous ne souffrons plus…

La mise en place de parades

Ces parades sont ce que certains appellent en développement personnel, les masques de l’Ego. Cette personnalité que nous sculptons et que nous modelons autour de notre être, nous protège du monde extérieur. Cette personnalité, cet Ego a une multitude de visages pour jouer des rôles différents et convenir au mieux à ce que la société, la famille attend de nous. Et cela depuis que nous avons commencé à marcher et à parler. En fait notre cerveau est un excellent garde du corps.

Ainsi il peut entrer dans différents rôles, le rire, l’arrogance, l’humiliation, la dépendance, l’autodérision, l’exigence, la souffrance physique, la fuite, la fermeture, l’intelligence sur-développée, la mélancolie, les faux semblants, le déni, l’oubli, la colère, le lissage, la justification, la bouderie, le sur-gentillesse…

Toutes ces manifestations sont des constructions de notre mental qui forge notre Ego. Cet Ego dont on parle tant et qu’on finit par prendre pour nous-mêmes. On s’y trompe même soi- même.

« C’est la vie, je suis comme cela. On ne change pas sa nature! » me disent certains…

Un Ego pour toujours ?

On finit par y croire jusqu’au jour où notre être souffre beaucoup trop de la trahison, de la colère, de la mauvaise foi, du déni, du manque d’amour, d’une mauvaise santé, d’une fatigue physique, d’un harcèlement moral, du mensonge, de la dureté, du côté morbide des autres ou de soi-même. C’est quand nous nous sentons mourir que nous avons envie de vivre. C’est là que nous sommes prêts nous-mêmes à démasquer notre Ego.

Comment se débarrasser de l’Ego?

Il faut donc sacrément pousser le bouchon loin pour renaître à la vie et se rendre compte de la place qu’à pris cette fabrication mentale dans notre vie. Notre Ego dirige tout et se sent très fort. Il nous a enfermés lentement dans un uniforme. Nous finissons par nous sentir à l’étroit dans ces habits trop petits et mal à l’aise.

C’est quand nos parades ne nous rendent plus si heureux que ça, que nous décidons de faire taire la voix de la raison. C’est quand notre zone de sécurité devient trop inconfortable que nous nous devons d’ouvrir les yeux pour ne plus souffrir à nouveau… C’est le ras le bol du ras le bol qui nous fait bouger enfin!

Petit nous n’étions pas capable d’être responsable de nous-mêmes à 100%.  Alors face à un manque d’écoute et de conscience des grands, face à leur injustice, leur abandon ou leur rejet ou autres comportements qui ont suscités chez nous des émotions négatives, nous avons installé ces parades dans notre enfance. C’était des réactions enfantines.

Adulte, nous entreprenons un travail sur soi parce que nous avons envie d’être plus épanouis et nous aimerions trouver notre place. Ce travail sur soi nous aide à nous regarder faire et à voir oh combien nous sommes formatés à fonctionner de la même façon face aux mêmes situations. Nous comprenons alors à quel point ces parades ne sont pas adaptées à notre état d’adulte. Elles se sont transformées en armure autour de notre être intérieur. Jadis elle nous a protégés des grands mais aujourd’hui elle met un barrage entre nous et les autres. Et parfois même elles ont construit un mur devant notre espace intérieur. Nous avons perdu le contact avec notre être intérieur, avec nos désirs, notre créativité. Nous nous sentons de plus en plus serrés et ridicules dans nos habits de parade. Il est temps de ranger la malle à déguisement de notre enfance. Il est venu le moment de chercher les actions adéquates à ce présent qui se déroule sous nos yeux et non à réagir d’une manière infantile en boudant, en fuyant ou en se sentant abandonné parce que nous laissons notre esprit cataloguer cet évènement dans la rubrique des « déjà vécus »…

Et là seulement, quand avec amour nous rangeons ces masques et nous choisissons l’attitude d’adulte qui nous rend heureux, nous effeuillons petit à petit cet Ego qui s’est substitué à notre être. Nous devenons nous-mêmes, cet être parfait qui est au fond de nous et qui n’a plus besoin de plaire aux autres ou d’être aimé par une autre personne que nous-mêmes.

Merci l’Ego

En attendant de le démanteler, remercions notre Ego. Il nous sauve de petites morts au quotidien jusqu’à ce que nous décidions de vivre en nous réappropriant notre cordon ombilical et en nous réparant nous-mêmes… Parce qu’au fond, l’être humain est fait pour être lui-même, se respecter, être heureux et nager dans le bonheur.

 

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