C comme Colère

colereLa colère est-elle utile ou superflue ?

Il y a souvent divergence sur le fait d’exprimer ou non sa colère.

Je pratique des soins énergétiques sur moi chaque jour qui m’ont aidée à accepter de revivre mes émotions en sachant mieux les gérer. Le Reiki est une technique de relaxation et de nettoyage des énergies stagnantes dans le corps, rapportée du Japon à la fin du XIXème siècle, et dont l’un des cinq principes est : “Aujourd’hui, juste aujourd’hui, pas de colère.” Alors, est-il préférable d’éviter la colère? Serait-elle néfaste pour nous et pour les autres? Je me suis souvent posé la question du bien-fondé ou non de vivre ses états émotionnels de colère. Le Reiki m’a aidée à me reconnecter à mon corps et à différencier mes états de colère de ceux que je ressentais comme venant des autres. La colère et l’insatisfaction sont des états que je vivais de plus en plus à l’âge adulte. Et ces états me conduisaient dans une dureté avec moi et avec les autres que je n’aimais pas, qui ne me ressemblait pas. Je voulais en sortir sans les étouffer dans mes entrailles. Mon ventre me faisait trop souffrir.

Et j’ai eu une réponse toute simple, un jour, en consultation, qui m’a bien aidée à comprendre la colère.

“La colère est un bouchon qui pète sur un non-dit. “

Nous avons été élevés au milieu de secrets de famille parfois honteux. On nous a interdit de dire ce qui nous déplaisait ou ce que nous ressentions. “On ne dit pas qu’on n’aime pas certaines personnes. On est poli avec tout le monde. On ne dit pas, enfant, qu’on n’est pas en accord avec les décisions des grands. Non, cela non plus, ça ne se fait pas.”

Les adultes autour de nous ont posé des jugements forts sur tout « ah c’est bien!” “Oh, Ce n’est pas bien!».

Alors c’est vrai, nous avons pris insidieusement l’habitude de lisser.

Nous avons étouffé au fond de nos entrailles tous ces interdits et les ressentis qui allaient avec. Nous n’avons pas pu vivre en toute quiétude nos émotions. Personne ne nous aidait à les gérer. Au contraire, on nous a castrés.

Adultes, nous faisons « bonne figure » quand rien ne va dans notre vie. Et cela pèse lourd sur notre cœur.

En grandissant, nous avons poursuivi ce lissage en oubliant totalement de communiquer avec sincérité nos ressentis. Nous ne nous soulevons plus contre les injustices et les incompréhensions. Nous ressassons ce qui ne va pas dans notre coin. Nous passons notre temps à ravaler notre mécontentement par peur des disputes, de l’abandon, de la punition, par crainte de ne plus être aimé par les autres. Nous prenons l’habitude de vivre des injustices à répétition. Nous finissons par ne plus les repérer et par être insensibles, en apparence. Nous avons mis une armure qui sépare notre tête de notre corps. Cette carapace nous permet de tenir sans nous écrouler pendant longtemps. Les chocs émotionnels, nous les prenons malgré tout. Ils ne sont pas évacués par des décharges, nous sommes trop coupés de notre corps. Celles-ci restent à l’intérieur.

Un jour, ce corps ne peut plus conserver toutes ces colères, tous ces ressentiments, toutes ces charges émotionnelles. Il les expulse d’un coup alors que nous ne nous y attendons pas.

La coupe est pleine et elle déborde. Nous ne savons pas vraiment pourquoi cela arrive ce jour-là précisément.

Le quota de retenu a été atteint. Notre corps ne peut plus absorber de nouveaux chocs. Il est obligé de dire stop à notre insu. Il le fait avec violence, par un BURN-OUT, et c’est nous qui subissons ce trop-plein par une cassure physique qui nous oblige à nous arrêter. Il choisi aussi parfois de libérer d’un coup une grosse colère sur le premier venu qui nous a un tant soi peu énervé. Habituellement nous n’aurions même pas relevé ses petites attaques ou comportement désagréables. Mais là, c’en est trop.

Nous sommes devenus semblables à un ressort trop comprimé qui se détend violemment en frappant un innocent. Et souvent, cela tombe sur quelqu’un de totalement étranger à nos histoires les plus douloureuses. Ce quidam se prend le rebond en pleine figure. Il passait par là par hasard. Le pauvre…. Nous nous en voulons terriblement et nous culpabilisons. Jamais nous ne disions mot jusque-là. Nous étions plutôt doux, vus de l’extérieur. Et là nous sommes capables de partir au quart de tour, tout nous énerve… Les autres ne nous reconnaissent plus. Nous n’arrivons plus à  retenir nos énervements et notre sentiment d’injustice.

Avec le temps, ce ressort finit par se détendre et arrête de frapper au hasard avec violence. Il rebondit plus doucement et finit par stopper ses coups dévastateurs.

Le premier coup était violent et nous a fait peur parce que nous n’avions jamais exprimé notre colère jusque-là. Nous ne pensions pas avoir de colère en nous. Et pourtant, un jour, elle a fini par exploser.

Si nous observons avec recul ces moments-là, nous constatons que, lorsque le bouchon saute, il laisse ressortir tout un méli-mélo de mots violents. Cela ressemble à un ramassis de mécontentements anciens, superposés et mélangés les uns aux autres. C’est comme si quelqu’un avait appuyé sur un bouton et que toute la poubelle de nos insatisfactions se vidait d’un coup. Au milieu de tout ce fatras de revendications incohérentes se trouve une vieille histoire qui nous a fait mal. Nous n’arrivons même plus à identifier le point de départ, la source de toute cette colère retenue.

Sans être accompagné, il est difficile de se souvenir du commencement de ces injustices, de ces émotions négatives que nous avons emmagasinées il y a très longtemps. Nous les avons tellement enfouies profondément pour ne plus souffrir que c’est comme si elles n’existaient plus. Nous sommes devenus amnésiques.

Nous ressentons seulement de la culpabilité. Nous n’aimons pas la violence et les conflits. Nous n’avons pas l’habitude de nous énerver ainsi contre les autres. A présent, nous craignons qu’ils nous prennent pour quelqu’un de colérique, avec un sale caractère, trop sensible ou trop susceptible.

La Médecine Traditionnelle Chinoise associe une émotion à un organe. Un trop-plein d’émotions retenues pourrait conduire à une déficience sur un organe. Pour la colère, c’est la vésicule biliaire et le foie qui sont touchés. Alors, regardez l’état de vos organes et vous connaîtrez le degré de colère retenue.

Ma mère et ma grand-mère maternelles sont décédées d’un cancer du foie et je peux vous assurer que ces deux femmes avaient vraiment des raisons d’être en colère. Mais elles n’ont jamais énoncé véritablement l’origine de leur colère. Ma mère s’énervait pour un rien et ma grand-mère était d’un calme olympien. Elles ont gardé en elles toutes les injustices, les trahisons, les rejets qu’elles ont vécus. Elles étaient comme deux cocottes minute prêtes à exploser. Je n’ai su qu’à leur mort ce qui s’était passé dans leur enfance et je ne sais pas comment elles ont survécu sans en parler à quelqu’un auparavant. Ce sont leurs organes qui ont pris les chocs. À leur époque, il était difficile de consulter un psychologue pour comprendre son mal-être sans être pris pour un fou. On ravalait sa colère et on faisait bonne figure. C’est exactement le comportement que j’ai observé chez les femmes de ma famille.

Et pourtant, une fois la colère évacuée après un abus, nous nous sentons plus légers. Le calme revient et la douceur peut s’installer. Nous pouvons décharger la colère par des pleurs, il n’est pas nécessaire de crier sur quelqu’un pour l’évacuer.

La décharge émotionnelle qui suit une émotion de colère est la première marche vers un état de douceur. Si nous restons à ressasser ad vitam aeternam des sentiments d’insatisfaction etde frustration, nous ne pourrons jamais être heureux.

La colère un outil utile

La colère est un outil pour celui qui souhaite soulever les couvercles sur les injustices, les manques d’amour, d’écoute ou de bienveillance dont il a été victime. La colère nous fait sortir de nos attentes et de nos silences pesants. 

Un jour, nous comprenons qu’un moment de pause nous ferait le plus grand bien pour prendre du recul. Nous décidons de nous faire accompagner parce que nous ne trouvons pas la solution, seuls, pour sortir de ces insatisfactions. Nous partons faire un stage ou un séjour initiatique. C’est dans un cadre bienveillant que nous pouvons nous réparer plus aisément. L’espace est propice pour cela.

Quand cela se passe avec un accompagnant, celui-ci accueille notre colère. Il nous montre à quel point nous avons transféré une situation ancienne mal vécue sur un événement du présent, et que notre colère est disproportionnée par rapport à l’événement qui est arrivé. Quand nous sommes dans la confiance, avec du repos et du recul, nous pouvons alors comprendre ce qui se joue. Nous pouvons enfin poser les armes et laisser tomber nos attentes et nos revendications cachées.

Ensuite, pour guérir de nos maux et sortir de ces attentes, nous devons accepter de regarder et de reconnaître les absences et le manque d’amour des personnes qui nous ont élevés. C’est difficile parce que, petits, nous les avons mis sur un piédestal, ces adultes, autour de nous, que nous aimions plus que tout et en qui nous avions confiance. Quand nous admettons leur inconscience, nous comprenons qu’ils étaient loin de deviner l’impact de leur comportement sur nous, petits. Ils n’auraient jamais agi ainsi s’ils avaient su.

Nous nous sentons beaucoup mieux ensuite, lorsque nous prenons conscience de tout cela.

C’est alors notre travail personnel que de leur pardonner, sans quoi nous ne pouvons sortir de la colère. Nous pouvons tourner et retourner notre histoire dans notre tête toute notre vie, avec cette rancune qui nous ronge le ventre.

L’idée n’est pas d’oublier ce qui s’est passé mais de comprendre le niveau de conscience de ceux qui nous ont éduqués. Nous nous réparons quand nous pardonnons aux autres. Le pardon fait partie du travail sur soi, il est nécessaire pour continuer à évoluer le cœur léger.

Alors réjouissons-nous de la colère…

C’est le signe que nous refusons de continuer à vivre dans le déni de notre vécu et de nos ressentis d’enfant. C’est choisir de ne plus supporter l’insupportable.

C’est aller vers un mieux-être. C’est retrouver qui nous étions avec notre potentiel initial, en nous reconnectant à nos émotions et à notre intuition. C’est quitter nos états infantiles, réparer nos blessures d’enfant et avoir une vision et une gestion d’adulte sur notre vie maintenant.

L’homme est fait pour être heureux, acceptons ces états intermédiaires ! Si nous les comprenons, ils passeront plus vite et nous pourrons accéder au bonheur tant espéré.

10 commentaires sur “C comme Colère

  1. Faire péter le bouchon pour extirper la colère, le corps est empli de bon sens, à nous de le laisser faire, à enfin oser nous montrer sans honte et avec courage. J’aime bien ton expression.
    Accepter de ne pas être parfait et enfin transgresser les injonctions des bien pensants, c’est notre épreuve pour accéder au mieux-être jusqu’au pardon, un jour, patiemment. La liberté de l’esprit, ça se conquiert et ça s’assume. Nous sommes seuls responsables de nous sentir coupables ou maudits, ou alors de prendre notre destinée en mains … ou plutôt avec le cœur.

  2. Bonjour, j’aime lire vos articles je pense que beaucoup d’entre nous peuvent se reconnaitre le sujet de la colère c’est un peu le mien cet amour que l’on espère enfant et qui ne comblera jamais nos petits coeurs ..Mon père désirait un garçon je suis la deuxieme pour ma soeur ça passera pour moi ce sera l’absence l’indifférence et la souffrance..Il n’est plus de ce monde aujourd’hui je l’ai accompagné involontairement un signe de pardon que j’ai pris comme une permission mais qui fut salutaire pour moi et j’espère pour lui aujourd’hui j’ai encore ce sentiment d’abandon qui me torture mais j’accepte mieux et j’ai introduit de l’amour dans le mot papa alors mon regard s’est apaisé et je continue chaque jour à aller dans le sens du pardon ce qui est essentiel à ma reconstruction ….voila merci de me lire bonne journée à tous..

    1. Merci pour votre témoignage, le pardon apaise et nous rend humain! Merci pour ce chemin! Merci de témoigner ici.
      Bonne route ensoleillée je l’espère pour vous!:o)

  3. Bravo Marie-Laure, pour cet excellent article !
    Il a fallu que je tombe physiquement malade pour enfin me pencher sur toutes mes colères rentrées. Le foie est le siège de toutes les colères,je faisais crise hépathique sur crise hépathique, burn-out,le dos bloqué. Mais pour ne pas décevoir les autres, je préférais me décevoir moi-même. A Noël l’an dernier, “le bouchon a sauté sur un non-dit” et je suis rentrée chez moi. J’ai passé le réveillon et le Jour de Noël seule en pleurant toutes les larmes de mon corps. En janvier j’ai participé à un atelier “le Don du Pardon” avec Olivier Clerc et j’ai gagné 10 ans de vie. Aujourd’hui je sais prendre la responsabilité de ce que je ressens et agir en conséquence. J’ai appris à exprimer sans agresser. Je me tiens droite dans mes bottes et j’ai retrouvé une vraie douceur. Une fois les abcès crevés, on est capable de se tendre à nouveaux les bras et de se dire je t’aime.

    1. Un grand merci pour oser témoigner!! Merci Christine, c’est tellement cela le mécanisme! Et c’est tellement bon ensuite de se sentir dans la douceur! :o)

  4. Bonsoir,
    Quand vous parlez de colère, Est-ce que cela concerne des crises de nerf, ou de “folie” ? depuis 2 ans je suis sujettes aux grosses crises où je deviens monstrueuse (grimace, rictus) et vulguaire!! j’emploie des mots horribles!!! je ne me reconnaît plus, je suis comme possédée. Hier j’ai même marcher sur la photo de ma mère (décédé) et je l’ai déchirée. Alors qu’elle était la personne que j’aime le plus au monde….Je suis très en colère en ce moment contre la terre entière et surtout profondément malheureuse.

    1. Bonsoir Juju,
      En avez-vous parlé avec un médecin?
      Avec ces quelques lignes la je ne peux pas vous répondre malheureusement.

  5. La colère, c’est indéniable, nous libère des tensions accumulées. On n’ose pas pourtant la faire exploser par crainte souvent des retombées “collatérales” alors que libérer sa colère, c’est se libérer soi-même avant tout et accueillir ce bien-être en soi.
    Bien heureuse colère !

  6. et ben dis donc…. je me rends compte que j’en ai accumulé de la colère durant l’enfance… (crise de foie tous les ans à la même époque durant des années!!!) Maintenant je vois pourquoi je gère mal certaines situations, par peur de perdre ceux que j’aime, je ne dis rien…. Ca me pourrie la vie! Mais ça va changer! Bon Dieu de Bois!!!!! 🙂
    Merci pour ce magnifique éclairage!
    bisous

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