A comme AFFECT

affectNe pas mettre d’affect dans une relation d’aide

Ne pas mettre « d’affect » dans une relation d’aide est une recommandation donnée dans les métiers de l’accompagnement : psychothérapie, médecine ou encore coaching…

Que signifie exactement « ne pas mettre d’affect » dans sa relation avec l’autre ? Est-ce tout simplement ne pas s’attacher à son patient, ne pas avoir de but ou de désirs pour lui, ou encore respecter une distance due à notre posture de professionnel? Pas toujours simple de faire abstraction de son ressenti dans un métier qui consiste à accompagner l’humain…

Avez-vous remarqué que, dans la vie, nous attirons des personnes, des collègues, des clients, des amis, des compagnons, des amoureux qui correspondent à notre vécu, qui se révèlent être les copies conformes de nos parents, frères et sœurs ou partenaires de vie ?

Je constate, dans mon métier, que les personnes qui viennent vers moi par recommandation ou par hasard pour être accompagnées, ont été mystérieusement attirées par ma personnalité.  En y regardant de plus près, j’ai noté que mes clients ont souvent des problématiques indéniablement similaires à celles que j’ai résolues, à celles qui me touchent intimement ou à celles que je suis entrain de travailler, de décrypter, de transcender. J’ai même souvent l’impression que nous sommes amis d’enfance tant nous nous reconnaissons et sommes semblables. Cela peut se révéler troublant. Au bout de dix-huit ans de carrière, je ne peux plus nier ce fait : nous n’attirons pas à nous n’importe qui. Il existe tant de médecins, tant d’accompagnants en tous genres. Assurément, le « hasard » dirige telle ou telle personne vers nous, parce qu’elle nous correspond, parce que nous sommes potentiellement une clé comme l’autre peut être notre serrure.

L’autre un miroir?

Et si cette rencontre existait pour nous faire vivre une expérience taillée sur mesure ? L’autre est le beau miroir qui nous offre le reflet de notre situation avec moins de dramatisation et plus de clairvoyance.

Devons-nous, en tant que professionnels, faire comme si nous n’étions pas touchés par la vie ou les problèmes de cet autre qui vit tellement de similitudes avec les nôtres? Pouvons-nous rester dans le déni des ressemblances, faire comme si nous allions suivre quelqu’un en cachant le lien affectif particulier que créent ces similarités, juste parce que nous avons l’étiquette d’accompagnant ? Pouvons-nous faire comme si cela ne nous concernait pas, en maitrisant nos émotions et en les contrôlant par la raison, pour se couper de notre ressenti qui est pourtant si évident? Pire, devons-nous ignorer, en l’étouffant, cet agacement qui peut naître de voir l’autre s’empêtrer dans une situation que nous avons dépassée par le passé? Ne nous leurrons pas. Nous ne pouvons pas rester indifférents aux problèmes de l’autre, surtout lorsqu’ils font écho aux nôtres. Nous ne pouvons pas rester neutres et ne pas être « affectés » quand quelqu’un vit une situation que nous connaissons bien, qui nous fait souffrir et dont nous possédons la clé.

Quand nous choisissons un métier d’accompagnement, c’est parce que nous avons une empathie naturelle et une âme de sauveur. Nous sommes des êtres humains avec un cœur, un cerveau et des émotions. La vie ne nous épargne pas, au contraire. Elle nous fait vivre des trainings permanents et nous laisse peu de répit. Si nous ne prenons pas le temps de faire un travail sur nous au quotidien, si nous n’utilisons pas toutes les situations pour avancer, nous ne pouvons pas aider sérieusement les autres à régler leur problème et à travailler sur eux-mêmes. Nous sommes passés ou nous faisons face à des étapes de vie analogues. Le fait d’en être conscients et de rester dans une présence à l’instant, nous aide à transcender nos blessures, à nous réparer chaque jour un peu plus.

Je connais la problématique de mes clients parce qu’un jour elle a été la mienne. Mes paroles sont portées par mes expériences, la foi en leur résolution ou la guérison de mes maux. Mon aide n’est pas le fruit de formations que j’aurais suivies sur quelques semaines. Pour accompagner les autres, l’école de la vie reste le meilleur cursus, surtout quand nous avons dépassé les épreuves avec brio et que nous en sommes ressortis plus fort. L’expérience reste la première ligne de conduite, un maître avant les livres spirituels qui théorisent sur tout… C’est pour cette raison que nous savons que l’autre va devoir vivre son expérience à travers son propre filtre et non se contenter, pour régler ses problèmes, de boire nos mots bien savants et bien rassurants. C’est pour cette raison que notre lien affectif avec la personne va nous demander de la laisser faire, sans mettre de pression sur le résultat.

Durant mes presque deux décennies d’expérience humaine, j’ai observé dans les tous sens ce « hasard » qui nous lie les uns aux autres: avec les personnes que j’accompagne, avec mes accompagnants, les accompagnants que je côtoie et leurs clients que je suis… Nous sommes en lien. Nous sommes comme des boules à facettes : ils sont des petits miroirs de parties de notre vie et inversement. Les regarder sans jugement, c’est avoir la chance de pouvoir s’observer avec du recul. C’est apprendre sur soi sans réaction, sans critique, sans attente. C’est nous voir avec bienveillance.

Alors comment gérons-nous la situation quand elle nous touche de près, quand elle fait écho à notre vie ?

Dans la vie de tous les jours, en tant qu’amis, nous avons tous connu ces situations où nous avons envie que l’autre aille mieux, qu’il prenne en main sa situation et qu’il dépasse son problème. Il nous tarde de le voir mieux dans ses baskets. Alors nous lui prodiguons tous les conseils et toutes les aides que nous avons en réserve.

Dans le cas d’un accompagnement, la richesse du vécu de l’accompagnant donne parfois un bel éclairage sur les situations que vit l’accompagné. Il est bon aussi, dans certains cas, de laisser l’autre vivre à sa manière sa difficulté. Même quand il s’empêtre sous nos yeux et que nous connaissons parfaitement la solution. Le laisser maître à bord, en étant simplement le second sur le navire, c’est lui faire confiance dans la résolution de son problème. Nous sommes détachés du problème parce que nous savons qu’il peut se résoudre. Nous sommes justes branchés sur l’état intérieur de la personne que nous avons en face de nous. Notre intuition nous dit qu’il va réussir à s’en sortir un jour.

Avec ce recul et cette présence bienveillante, nous laissons la place à son ressenti et à son futur dépassement. Atteindre son but au plus vite n’est pas important. Seul le chemin compte dans le présent. C’est faire la route ensemble qui est important, en soutenant ce partenaire sur son chemin rocailleux. L’arrivée est au bout du chemin et sera atteinte en temps voulu.

En attendant, la personne chemine en essayant de vivre le plus intelligemment son parcours de vie, en défiant les embûches et en se réjouissant de ses découvertes, de ses dépassements, de ses compréhensions. Alors nous ne sommes pas affectés par l’atteinte, ou non, du but. Nous savons qu’il le touchera s’il le désire ardemment et s’il y met de la constance.

Et si ne pas mettre d’affect signifiait tout simplement ne pas mettre de but ou d’attente sur l’autre?

Regardons notre capacité d’acceptation, de tolérance vis-à-vis de ceux qui nous entourent, avec lesquels nous montons notre boîte, que nous accompagnons dans le développement de leurs potentiels, que nous aidons à grandir.

Nos enfants, par exemple, sont les premières personnes que nous accompagnons dans leur émancipation.

Acceptons-nous leur vitesse d’évolution ? Acceptons-nous avec confiance de leur laisser l’entière responsabilité de leurs expériences, même si nous savons d’avance qu’ils vont tourner en rond ou se prendre un poteau en pleine figure ?

Parvenons-nous à ne pas attendre de l’autre qu’il réussisse vite ? Qu’il comprenne tout immédiatement ? Qu’il n’ait pas mal ?

N’avons-nous pas une exigence trop forte sur notre entourage, sur nos clients ?

Et si nous remplacions : « Ne pas mettre d’affect dans nos relations » par : « Ne plus mettre de but ou d’attente sur l’autre et lui faire confiance sur son chemin d’évolution ? »

Ne vivrait-on pas moins de luttes, de soumissions ou de tensions avec les autres ou avec nous-mêmes ? Ne souffrirait-on pas moins si nous n’avions plus d’attentes sur les autres et sur nous-mêmes ?

Ne nous voilons pas la face. Soulevons le voile de nos propres attentes et tissons avec patience un lien d’amour et de confiance avec les autres.

Quand nous acceptons inconditionnellement le parcours d’âme de chacun et sa vitesse d’évolution, nous souffrons moins. Nous laissons alors à chacun sa responsabilité et nous ne pouvons plus être victimes, ni sauveurs, ni bourreaux pour qui que ce soit. Nous accompagnons le mouvement sans le forcer. Et nous pouvons être liés affectivement avec l’autre tout en le respectant et en l’acceptant tel qu’il est. L’amour dans le cœur et la liberté pour l’autre.

8 commentaires sur “A comme AFFECT

  1. ll ne pouvait pas mieux tomber après nos échanges, non?
    En tout cas, c’est un mot pilier et à relire pour celui qui a décidé d’accompagner.

    Par delà l’éphémère de la tempête, il y a le soleil toujours présent, j’en suis convaincue.

  2. Merci, lire ce texte maintenant me fait du bien! Il remet un peu d’ordre dans les questionnements. Le dosage est subtil, il n’est pas toujours simple à trouver. Mais là encore, les personnes que nous rencontrons au début de ce chemin sont là pour nous aider à trouver cet équilibre (-;

    Une personne me disait ce matin, “une des choses qui fait que je suis un bon manager, c’est que je mets les mains dans le cambouis. Je fais les choses, et ensuite je peux transmettre aux autres d’autant mieux que je sais ce que je sais pour l’avoir vécu. Et ensuite, je les laisse faire en toute autonomie”. Et moi de conclure…comme un accompagnant alors (-;

  3. Merci Marie Lore, je partage pleinement ton billet.. J ai envie de vous faire part de cet écrit, dont je n ai pas l auteur, qui me suit dans mes accompagnement.. …
    Dans mon propre chemin d accompagnante, d abord en tant qu Éducatrice puis en tant que Thérapeute, j ai toujours été vigilante a ne pas exercer une sorte de toute puissance car je voyais, de la part de certains collègues ou après de la part d autres thérapeutes, combien cette attitude pouvait être nocive.. Quand on redonne a l Autre son pouvoir, en toute bienveillance, les transformations s en suivent.. Et puis, comme tu le dis si bien Marie Lore, la vie se charge d apporter beaucoup d humilité a celui qui accompagne de part ses propres expériences et pour moi, Être accompagnant, c est être conscient que Nous sommes Un, et que la rencontre, lorsqu elle est vécu dans le coeur, guéri autant l accompagné, que l accompagnement ! C est magique !!!

    1. Le texte n est pas passé.. Je vais le réécrire…
      LE BUT DE LA THERAPIE EST DE RENDRE L AUTRE AUTONOME.. NOUS SOMMES LÀ POUR L AIDER A ALLER PLUS LOIN, PAS POUR L ASSISTER.. IL N EST PAS JUSTE D AVOIR DU POUVOIR SUR L AUTRE, MAIS DE L AIDER A RÉVEILLER SES POSSIBILITÉS, SES POTENTIALITES.. PRENDRE CONSCIENCE DE L IMPORTANCE DE LA PAROLE, LE CHOIX DES MOTS, L INTENTION,DANS L ACCOMPAGNEMENT..
      AVANT TOUT DIAGNOSTIC, EXAMINONS NOTRE PROPRE ÉTATS D ÂME. COMMENÇONS A ACCOMPAGNER QUE QUAND NOUS SOMMES CERTAIN D ÊTRE COMPLÈTEMENT CENTRÉ, EN CONTACT AVEC NOTRE MOI SUPÉRIEUR.. IL EST JUSTE DE TOUJOURS TRAVAILLER AVEC L ÉNERGIE DE L AMOUR QUI VIENT DU COEUR, PAS DU MENTAL ( VOULOIR).
      IL EST JUSTE DE RECHERCHER LA COMMUNICATION ENTRE NOTRE MOI SUPÉRIEUR ET CELUI DE L AUTRE, DE CONSCIENCE A CONSCIENCE.. IL N EST PAS JUSTE DE FAIRE PREUVE D AUTORITÉ ET DE VOULOIR FAIRE PASSER SA VÉRITÉ.
      LE BUT PRINCIPAL DE LA THERAPIE EST D ESSAYER DE STIMULER LE MOI SUPÉRIEUR DE L AUTRE POUR QU IL AIT LE DÉSIR DE SE GUÉRIR LUI MÊME. LE THÉRAPEUTE DOIT AVOIR LA CAPACITÉ DE REMETTRE L AUTRE SUR SON CHEMIN, SUR SES PROPRES VIBRATIONS, DE LE CONDUIRE A SON PROPRE ÉVEIL..
      Voilà.. Merci Marie Lore..

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