T comme Traumatisme

SAMSUNG DIGITAL CAMERANos blessures d’enfance

J’ai compris grâce à vous, chers clients, chers lecteurs, que chaque état négatif que je vivais était une répétition des traumatismes et des peines que j’avais vécus petite. Dans mon enfance, le comportement des grands m’a souvent mise dans des situations où je vivais des injustices, de la négligence, de la mauvaise foi, de la mauvaise volonté, des insatisfactions, des trahisons, du déni ou de l’humiliation…

J’ai compris que, devant mon impuissance d’enfant à me protéger des adultes, j’avais préféré me couper de mes émotions et d’une partie de mes sens pour ne plus souffrir ni me sentir déstabilisée par l’extérieur. Les parents sont peu conscients de la difficulté que nous avons de vivre nos émotions puisqu’eux-mêmes les ont oubliées.

Nous sommes nombreux à être coupés de notre corps, c’est humain. Nous avons deux messagers pour nous informer sur le monde qui nous entoure, le mental et le corps.

Nous ne sommes pas programmés pour endurer des souffrances physiques ou psychologiques mais pour être heureux. Alors, quand une émotion surgit en nous et qu’elle est ingérable (surtout si nous sommes enfants), nous nous coupons de notre capacité à recevoir des informations qui nous feraient ressentir de la douleur ou toute émotion capable de susciter un sentiment désagréable à l’intérieur de nous. Ensuite, c’est comme si notre tête était coupée du reste du corps. Nous vivons comme des robots insensibles et apprenons à supporter quotidiennement l’insupportable, sans mot dire : le jugement, la méchanceté, la dureté, la violence, le manque ou la carence d’amour, l’absence de considération… Nous avons réussi à nous débrancher tant bien que mal de nos émotions. Le corps prend les chocs émotionnels mais nous ne nous en rendons plus compte, et cette insensibilité aux chocs peut durer très longtemps, parfois même notre vie entière.

Dès notre plus jeune âge, nous mettons en place des systèmes de défense ingénieux et multiples pour nous protéger de notre entourage : bouderie, humour, cynisme, provocation, enfermement, soumission, absence, oubli, sur-intelligence, dévotion, abnégation, oubli de soi, maladies infantiles… C’est ce que nous appelons communément nos masques d’ego. Ils se mettent en place très vite quand nous commençons à marcher et à parler. Nous avons trouvé ces parades pour vivre le plus calmement possible au milieu des grands.

Les répétions finissent par nous tourmenter

J’ai remarqué qu’en grandissant, la vie avait mis devant moi le même genre de situations et de personnes que dans mon enfance. Comme je ne suis pas faite pour être malheureuse, j’ai compris que ces répétitions étaient des sortes de trainings. Je devais m’y frotter de plus en plus pour comprendre l’enfermement dans lequel ces automatismes m’avait mise. Par la force des choses, un léger mal-être a fini par s’installer. Agir de la même façon face à une situation similaire me mettait de plus en plus mal à l’aise. Cela m’a obligée à adopter de nouveaux comportements, plus adéquats, des comportements d’adulte et non plus d’enfant. Petite, je n’avais ni trop le choix, ni beaucoup de moyens d’action pour me défendre. Je fuyais certaines situations au lieu d’y faire face, par peur du conflit.

Adolescente, c’était une façade de jolie blonde potiche que j’arborais, puis de clown tantôt drôle, tantôt cynique. J’avais fini par m’endurcir pour ne plus sentir mes souffrances. Je jouais la forte tête et me défendais en utilisant ma force de résistance : « même pas mal ! ». Ces différents masques se succédaient pour parer aux attaques. Mais rien, avec l’âge, ne m’apportait de paix intérieure durable.

Adulte, j’ai enfin tout ce que je souhaite à ma disposition : la légitimité de mon âge, mon expérience, la justice, la force physique, des professionnels de l’accompagnement, des médecins à qui je peux demander de l’aide… Je peux choisir d’adopter de nouveaux comportements plus adéquats. J’ai mis quelques dizaines d’années à le comprendre. Auparavant, j’étais prise dans mes habitudes. Mes comportements infantiles me protégeaient, me mettaient dans une zone de sécurité douillette que je maîtrisais bien. Enfant, il est vrai, les postures que j’avais choisies étaient les plus adaptées à mon entourage et à mon caractère. Ma sœur, pour les mêmes traumatismes, avait mis en place d’autres comportements de protection.

Cette zone de sécurité que je mettais systématiquement en place face aux situations similaires de mon enfance, m’a protégée. Elle était utile. Je l’admets. Durant des années, mes réactions m’aidaient à gérer mes émotions comme un bouclier protecteur. Pour moi ma dureté de jeune femme, que j’arborais auprès de ceux qui ne me respectaient pas, était une sorte de protection. Je bâtissais un mur infranchissable entre l’autre et moi. Pourtant, la dernière décennie m’a fait me rendre compte que la dureté ne me protégeait plus durablement. Je me blessais plus moi-même que je ne me protégeais. Je n’étais plus une enfant. Une adulte coincée dans ses rêves et ses attentes d’enfant ne peut pas vivre ses désirs d’adulte.

Quand nos masques de protection nous font souffrir

J’ai commencé à souffrir d’être dure avec les autres. Cette dureté que j’imposais pour me protéger a fini par me faire du mal lorsque je me suis petit à petit ouverte grâce à un travail sur le corps pratiqué intensément depuis les années 2000.

J’ai de plus en plus ressenti la peine des gens qui m’entouraient lorsqu’ils se sentaient attaqués et repoussés. Je les mettais eux aussi face à leurs traumatismes d’enfant par mon comportement. Je devenais à mon tour leur training, leur bourreau. Ce n’était pas mon envie, ni mon désir conscient. J’ai compris ensuite, en tant qu’accompagnante, que je devais être consciente de l’impact de mon comportement sur les autres. Je me suis demandé quel impact je voulais avoir sur le monde. Tout est fondamentalement juste. Nous vivons ce que nous avons besoin de vivre jusqu’à être conscient des échanges et de la transmission que nous souhaitons avoir dans ce monde.

A force de ressentir l’état de l’autre face à mes réactions, j’ai compris que celles-ci n’étaient plus appropriées aux situations de mon présent. Elles étaient amplifiées par la mémoire des traumatismes de mon enfance. La superposition de situations similaires appuyait tellement fort sur mes blessures d’enfant que ma carapace (qui se ramollissait grâce au travail sur le corps) est devenue fragile. Avec cette sensibilité qui s’accentuait, les coups que je donnais, cette dureté que j’envoyais, je finissais par la sentir aussi en retour. On me la renvoyait en pleine figure.

Je souffrais et je faisais souffrir les autres sans le savoir, sans le faire exprès, juste pour me protéger. J’ai compris que ces postures défensives étaient des attitudes infantiles qui ne me rendaient plus service. Elles n’étaient plus du tout adaptées à mon évolution actuelle. J’ai compris qu’il était temps que je trouve des attitudes d’adulte pour pourvoir aux situations présentes. Ce n’était pas une mince affaire. Ce n’était pas toujours facile parce que cela m’obligeait à sortir constamment de ma zone de sécurité et d’aller vers l’inconnu…Heureusement, j’avais confiance dans ma sincérité à trouver le meilleur comportement pour moi-même et pour les autres.

J’ai le choix aujourd’hui de me défendre, de dire  « non », de dire simplement avec douceur que je ne suis pas d’accord avec ce qui se passe. J’ai ce droit et cette légitimité. Je me sens capable d’assumer mes valeurs, d’être intègre quoi qu’il arrive. Être adulte et prendre ma place au milieu des autres pour être heureuse ne m’oblige pas à me battre. Cela me demande juste d’exister selon ce que je suis aujourd’hui et ce que j’ai envie d’être. Je n’ai pas besoin de faire souffrir les autres pour exister. Je n’ai pas besoin de me soumettre à l’autre pour qu’il existe.

J’ai compris que, pour grandir, il me fallait choisir d’être adulte et de me donner les moyens de vivre ce que j’avais envie de vivre. J’ai compris qu’être heureuse, c’était prendre ma place au milieu des autres au présent. C’était agir et non réagir.

J’ai compris que tourner en rond en ruminant des sentiments négatifs, c’était vivre au passé, ce n’était pas se sentir vivant. Je sais aujourd’hui que nous pouvons choisir le comportement le plus juste pour vivre nos émotions. J’ai compris que les émotions étaient mes guides. Elles m’informent par anticipation des manœuvres  et manigances du monde invisible. Je n’ai plus qu’à me positionner en les écoutant et en choisissant l’action juste pour me sentir au mieux dans ce monde de brutes.

J’ai choisi de dire “Je” dans ce texte. Dépasser ses traumatismes d’enfants pour accéder au bonheur est la meilleure compréhension que j’ai eue dans ma vie. Nous pouvons vivre heureux malgré les difficultés de la vie à condition d’être conscients de nos traumatismes d’enfance : c’est la condition nécessaire pour sortir de nos réactions infantiles et de nos attentes vis-à-vis de notre famille. Pour ce faire, nous allons devoir démanteler notre ego et accepter de regarder nos éducateurs comme des êtres humains, et non des juges ou des supers héros.

Quand nous percevons notre pouvoir d’adulte, nous devenons maîtres de notre vie. Nous ne dépendons plus des autres. Nous sommes libres de cheminer vers notre bonheur, plus personne ne peut nous déstabiliser longtemps. Nous agissons en adultes responsables et là se trouve toute la différence. Nous ne sommes plus manipulables et nous sommes moins vulnérables.

Nous sommes les héros de notre vie et nous pouvons entrer dans le mouvement de la vie en nous prenant moins la tête. Nous savons que nous avons la force de dépasser chaque épreuve à notre rythme.

11 commentaires sur “T comme Traumatisme

  1. Merci pour ce magnifique article qui nous parle tant et va tellement nous aider à faire le deuil de nos gros bobos d’enfance et devenir enfin adulte. C’est un AQTAP un Article Qui Tombe À Point ! Hasard, ô hasard, as-tu mis des écoutes dans mon Moi pour me répondre par l’entremise de la voyante ? Qui sait ? On avance, on avance et on met toute une vie à avancer vers le but qu’est le chemin. Encore merci.
    Françoise

  2. Magnifique article!!! Sortir d’un mode de réaction aux blessures de l’enfance c’est vraiment le chemin de la communication vraie, de la découverte de son moi véritable dans la douceur ,la liberté et le respect de l’autre.

  3. Merci MLore ! c’est un vrai “je” çà ! qui ne se nie pas, qui prend du recul et qui réunit toutes les parties d’un tout, d’un “soi”, et en plus qui partage son expérience et qui nous démontre sans démonstration culpabilisante que ce “je” est aussi un “nous”…

  4. justement çà ébranle tellement que j’ai eu des commentaires très négatifs…j’en conclue que tout le monde n’est pas prêt ou ne veut surtout pas admettre certaines vérités; certains font le choix de l’illusion…çà me dépasse mais qu’y faire ? rien, on ne peut rien.

  5. Et oui, dire non aux autres est un respect pour le JE que je suis et non le jeux que je mène et que je veux laisser croire.
    Merci à Vous et à l’Univers tout entier pour ces lignes qui me rappellent des choses déja entendues ,mais pas encore mis entièrement en application.
    Bonne et belle journée à vous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *