I comme Insatisfaction

insatisfactionBeaucoup d’entre nous n’ont pas reçu, enfants, l’affection, l’amour ou la présence dont ils avaient besoin pour se sentir en confiance. Par manque de temps oupour nous faire entrer dans le moule de la société,noséducateurs ne nous ont pas accompagnésà développer nos dons précieux. Alors, pour nous sentir aimés, reconnus et recevoir un peu plus d’attention de leur part, nous nous sommes pliés en quatre. Si, en sus, nous avions des parents insatisfaits, nous nous sommes programmés en toutes circonstances pour satisfaire leurs exigences dans l’espoir de moins subir leurs humeurs désagréables. Nous avons dû croire qu’en leur faisant plaisir, nous gagnerions peut-être, en retour, un peu plus d’amour et de sérénité.

En grandissant, sans nous en rendre compte, nous sommes devenus des espèces de robots dont la fonction principale est de satisfaire les autres, professeurs, amis, patrons, collègues, conjoints, enfants, aux dépends de notre bien-être. Inconsciemment, nous croyons qu’en retour, nous allons recevoir de la considération ou de la reconnaissance. Nous nous imaginons même que nous retirons du plaisir et de la satisfaction en nous occupant d’eux. En attendant, nous oublions de penser à notre bien-être au profit de celui des autres. Nous nous épuisons à combler leurs attentes et à remplir le vide de leur existence.

Nous-mêmes ne savons plus nous faire plaisir. Nous ne ressentons aucun désir et n’avons pas beaucoup d’envies personnelles. Nous n’avons pas été encouragés à cultiver nos hobbies. Nous n’avons pas l’habitude de nous faire du bien. Nous sommes coupés de notre part de créativité. Nous nous sommes inscrits dans un processus qui tend à vouloir absolument rendre les gens heureux autour de nous. Et pourtant, nous ne pouvons pas donner du bonheur aux autres aux dépens de notre propre bien-être, c’est une règle élémentaire. En effet, même en nous pliant en quatre, huit, douze, mille pour les autres, il y a toujours un truc qui cloche, quelque chose que nous n’avons pas parfaitement bien fait. Les reproches flottent dans l’air. L’autre repère toujours avant tout nos imperfections. Cela nous mine et nous pousse encore plus à nous couper de nos ressentis et à nous démener pour être parfaits.

Nous devenons tellement exigeants avec nous-mêmes que nous ne sommes jamais satisfaitsnon plus de cette énergie que nous déployons pour remplir nos missions. Et cela devient de plus en plus arduet problématique parce que le hasard place sur notre route des personnes de plus en plus difficiles à combler.

Ce fonctionnement de générosité excessive —derrière lequel se cache un besoin d’amour et de reconnaissance — est tellement ancré que nous ne parvenons plus à tirer de satisfaction de notre quotidien. C’est comme s’il nous manquait toujours quelque chose. Nous cherchons sans cesse à atteindre un niveau plus élevé, socialement, financièrement, sans jamais remplir ce besoin incessant. C’est une course qui n’en finit plus.Nous n’atteignons jamais la ligne d’arrivée… Une exigence de perfection qui nous colle à la peau et qui adhère à toutes les facettes de notre vie.

L’insatisfaction vient alors de notre inaptitude à réaliser par nous-mêmes ce qui nous ferait du bien et à nous satisfaire de l’instant présent. Du coup, nous posons beaucoup d’attentes sur l’extérieur. Nous pensons à notre tour que les autres ou les évènements vont nous apporter satisfaction. Nous croyons que les autres peuvent répondre à nos besoins parce que nous estimons en secret que c’est comme cela que les choses doivent se faire. Nous avons été habitués à fonctionner ainsi avec nos aînés… Et, avec l’âge, cela ne s’arrange pas, au contraire, c’est presque un dû, les plus jeunes doivent veiller sur nous à leur tour…

Quand rien d’exceptionnel n’arrive, nous en voulons à la terre entière et ne sommes pas d’une compagnie agréable. Rien ne se passe, même par hasard, puisque nous n’exprimons aucun désir, nous ne demandons pas d’aide clairement et n’agissons pas pour nous mais pour les autres ! Au lieu de remettre en question nos fonctionnements et nos attentes, nos bougonnements nous rongent et pèsent sur les autres au point de leur faire vivre de la culpabilité, un état que nous connaissons bien…

En fait, ce qui est délicat, c’est que nous n’avons pas eu de modèle de parents épanouis par eux-mêmes. Nous ne nous autorisons pas à prendre le temps de trouver ce que nous aimons. Notre exigence est devenue telle que plus rien ne nous satisfait. Nous finissons même par voir d’abord nos imperfections comme les autres le faisaient avec nous. Nous ne sommes jamais contents. Le comble ! Nous sommes déçus de ne pas être au top et de ne pas passer cette fameuse ligne d’arrivée. Et là, nous tournons en rond dans la culpabilité, dans l’exigence et dans l’insatisfaction.

Comme pour nos parents, il nous est impossible d’être heureux dans ces conditions, jusqu’au jour où, lassés par ce manque de contentement, nous comprenons que nous devons nous satisfaire par nous-mêmes.Il devient à nos yeux important de trouver ce qui nous ferait plaisir avant de nous occuper des autres. Nous prenons conscience de notre responsabilité personnelle pour atteindre le bonheur.Pour sortir de l’insatisfaction, une fois ce comportement repéré, il est important d’abandonner notre besoin de reconnaissance. Puis de travailler sur notre valeur humaine, de nous rebrancher à nos sens, en nous faisant accompagner, pour nous laisser le temps de découvrir en parallèle nos envies et nos désirs.

Nous sommes alors rebranchés au plaisir et pouvons admirer la beauté de la vie. Nous devenons maîtres de nous et créateurs de nos vies. Nous pouvons vivre avec les autres en respectant la place de chacun, en vivant entre adultesresponsables et en soutenant l’autre quand il en fait la demande mais sans se substituer à lui. Nous pouvons savourer l’instant présent.

7 commentaires sur “I comme Insatisfaction

  1. J’ ai apprsi à me reconnaitre dans “la frustrée ” la colérique qui n’ obtient pas ce qu’ elle attend,restée bloquée dans sa demande d’ enfant.

    Merci pour ce message qui me permet de transmettre un livre magnifique de Moussa Nabati qui nous explique comment ” Guérir son Enfant Intérieur” en rejouant des scénarios afin d’ obtenir en vain ce qu’ il attendait enfant, combien c’ est “l’ Enfant D’ AVANT, D’ AILLEURS” qui agit dans l’ obscurité et guide notre vie d’ adulte.
    Enfant insatisfait, frustré et fidèle qui a cherché en vain comment être satisfait…..en se niant avec toutes les conséquences que ce déni de soi entraînera pour plaire ou répondre à la dictature de la Société conditionnée à l’ image, à l apparence.
    Pour remédier à l’ insatisfaction, devenir un parent maternant, bienveillant pour soi, est le meilleur rôle que l’ on puisse apprendre, à condition de le CRÉER et non de répéter le modèle hérité et accepté surtout, par loyauté invisible pour s’ être trahi depuis des générations.
    Courage,notre coeur est assez grand pour aimer tous les enfants que nous avons trahis,rejetés,abandonnés, humiliés, condamnés injustement pour plaire.
    Le pardon à soi est le plus beau chemin pour se réconcilier avec nos enfances.

    Je veux apprendre à aimer ou apprendre à plaire au risque….ME PERDRE?

    1. Merci No!
      Le pardon à soi est le plus beau chemin pour se réconcilier avec nos enfances., devenir un parent maternant, bienveillant pour soi, est le meilleur rôle que l’ on puisse apprendre, à condition de le CRÉER et non de répéter le modèle hérité et accepté surtout, par loyauté invisible pour s’ être trahi depuis des générations.
      merci pour votre commentaire!
      J’adooooore ces passages….
      :o)

  2. TOUT A FAIT d’accord avec ce texte qui me parle oh combien!
    J’ajoute une phrase que j’ai lu je ne sais plus dans quel livre: “être libre c’est ne pas faire porter la responsabilité de ses besoins à autrui”…

  3. I comme insatisfaction me correspond en tout point ,’c’est presque effrayant de c’en rendre compte et en même temps si désolant de s’être a ce point oublié. Mais l’important c’est de s’en rendre compte et de rectifier.
    Juste une question quand tu écris: en nous faisant accompagner tu penses à qui ou a quoi exactement (Puis de travailler sur notre valeur humaine, de nous rebrancher à nos sens, en nous faisant accompagner, pour nous laisser le temps de découvrir en parallèle nos envies et nos désirs.)
    merci a plaisir de te lire

  4. Cas malheureusement banal, je fais partie de ces enfants qui n’ont reçus ni présence ni affection de la part de leurs parents.

    De ce fait, en lisant ton article, c’est comme si j’obtenais la reconnaissance de ce que je n’ai pas eu, la reconnaissance de mon vécu en somme. C’est triste et plaisant à la fois, tant de personnes ont du se retrouver dans tes lignes. Je deviens toutes ces personnes et elles deviennent moi, j’aime beaucoup l’idée.

    Je fonctionne comme tu l’as décrit, je donne puis j’attends. De la considération ou de la reconnaissance ? Peut-être. Mais je crois qu’il s’agit de cet amour parental qui se cache derrière cette attente. L’enfant blessé en nous qui souhaite plus que tout au monde qu’on lui apporte l’amour et l’attention auxquels il n’a jamais eu droit.

    Un enfant étant bien incapable d’imaginer que le problème vient de ses parents et non de lui, il va faire en sorte d’être irréprochable, quitte à ne récolter que des miettes, comme s’il ne méritait guère mieux, puisque les choses se passent ainsi.

    Adulte, ce comportement ne fait que se répéter encore et encore, car le renoncement n’a jamais été appris. De ce fait, toutes les relations sont vouées à l’échec, car un partenaire de vie n’est pas là pour endosser le rôle du parent, encore moins dans une relation sexuée.

    Un enfant dépend de son parent, mais être adulte, c’est être autonome, ne plus dépendre de l’autre. N’ayant jamais franchi ce passage, de l’enfance à l’âge adulte, on ne sait se satisfaire de rien, car le manque est là, profondément ancré. Ce n’est pas le vide de l’autre que l’on cherche à combler, mais le nôtre. Incapable de vivre pour autre chose que cela, donc incapable de savourer l’instant présent puisque derrière tout acte, se cache l’attente…

    Bref, j’ai réalisé tout ceci il y a peu, et ton article est venu le confirmer, ce en quoi je te remercie. Pour celui-ci ainsi que pour tous les autres, car cela reste un plaisir de te lire.

    Isabelle

    “Les hommes ne sont pas prisonniers de leur destin, ils sont prisonniers de leur propre esprit.”
    Franklin D. Roosevelt

    1. Merci pour ce message!! Oui c’est très difficile de renoncer à cet amour que nous attendons de recevoir de nos parents… Et quand ils disparaissent si on n’est pas conscient de notre attente, c’est encore plus désagréable puisque tout cela se reporte sur nos conjoints effectivement… La seule issu est de se reconnaître… Un long travail pour revenir à soi, s’aimer tel que nous sommes et retrouver de la satisfaction en faisant des choses que nous aimons… C’est du boulot d’être heureux ;o)) Et seul… C’est loin d’être facile… Faut savoir reconnaitre le bon accompagnant :o)
      Bon dimanche!

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